Une prof en gwada

Qui est-ce?

Deux collègues de Français nous quittent cette année, elles repartent en métropole, dans le froid, la neige et la grisaille (lol, comme je peux être réductrice parfois!!)(nath, tu vas me maaaanquer!!!).

Ce qui signifie aussi deux nouveaux arrivants à la rentrée prochaine... Qui seront-ils?? Mystère...

 

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Brevet blanc n°2

Sujet : Un voyageur relativement jeune, pressé de monter dans le train, bouscule une personne âgée puis la laisse debout dans le couloir, alors qu'il est confortablement assis. 

Les élèves devaient ensuite trouver des arguments pour expliquer à ce mauvais bougre son incivilité et les raisons de respecter les personnes âgées.

 

J’ai corrigé une trentaine de copies sur le sujet et je tiens à vous dire la vérité tout de suite, chers lecteurs, même si elle est difficile à entendre : pour les élèves, eh ben à cinquante ans, on est VIEUX (mais genre, vieux hein ? personne âgée avec des os hyper fragiles qui peuvent casser à tout moment et tout et tout).

Sinon parmi quelques bonnes copies, il m’est arrivé de trouver des arguments parfois assez étonnants (dans un langage pas toujours juste, à forte tendance sms, que je me permets de retraduire):

 

Genre :

« -Quoi ? Il faudrait que je laisse ma place à la vieille ? Je vais plutôt aller lui voler son sac, j’ai pas de cash !

-Mais non voyons, laisse lui plutôt gentiment ta place, tu verras, elle te donnera de l’argent.

-Ah oué ? Cool j’y vais alors. »

 

Ou encore :

« -Tu devrais laisser ta place à cette personne âgée car elle est noire, comme toi !

-Oui mais elle est peut être Haïtienne [..] ?

-Peu importe, vous êtes noirs tous les deux, donc tu dois l’aider. »

 

Ou enfin :

« -Espèce de fils de ***, sale m***, va te faire f***, va aider la vieille.

-Va c*** c*** t’as pas à me dire ce que je dois faire !

Et là, un direct, deux crochets je l’étale par terre. Depuis il n’a jamais recommencé. »

 

 

J'ai pas hâte d'être vieille, c'est moi qui vous le dis!!

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Mon boulot

Eh oui, si je n’ai pas écrit depuis si longtemps, c’est parce qu’il m’a pas mal occupée, mon boulot !

Il y a des jours où je fais mes heures, comme on dit, et puis je rentre chez moi le soir, tranquille, préparer mes cours ou corriger quelques copies pour le lendemain. Parfois j’ai un peu de temps pour regarder un film, lire quelques pages d’un bouquin, faire une bouffe, sinon tant pis, j’attends le week end.

Vie de prof quoi.

 

Cette année, je suis prof principale d’une 5e, une classe super hétérogène de 27 élèves, dont quelques uns à profil particulier (sclérose en plaque, léger handicap, hyperactivité), et d’autres en très grande difficulté scolaire. 27 élèves qu’il faut faire avancer du mieux possible jusqu’à la 4e, qu’il faut aider, accompagner, briefer, recadrer, intéresser, motiver… bref,

Vie de prof quoi.

 

Et puis il y a certains jours où le boulot prend une autre ampleur, une tournure qu’on ne m’avait pas expliquée à l’IUFM…

Parce que certains élèves ne parviennent pas à suivre dans le cursus traditionnel, sont démotivés ou complètement perdus, on essaye de les réorienter au mieux, afin qu’ils perdent le moins de temps possible -et surtout afin de leur offrir, enfin, une scolarité qui va les intéresser et être signifiante pour eux. J’ai donc rencontré les parents de trois élèves en très grande difficulté lundi dernier, pour leur proposer une orientation en SEGPA (section d'enseignement général et professionnel adapté), vu que nous avons la chance d’avoir un tel enseignement au collège. Je n’étais pas toute seule pour ce faire bien sûr ! Il y a avait le principal adjoint, la Conseillère d’orientation, l’infirmière, la CPE… on appelle ça une « Réunion de l’équipe éducative ».

Presque deux heures de réunion, presque deux semaines passées à préparer les dossiers des élèves. Presque deux heures à essayer de convaincre chaque parent du bien fondé de notre démarche, des avantages pour leur enfant, des points positifs de la SEGPA (« non ce n’est pas pour les « tébés » ni les débiles ; oui cela ne peut être que profitable pour votre enfant ; non votre enfant ne peut pas faire une 4e classique vu qu’il a 0,5 de moyenne en maths et 4 en histoire géo… »). Presque deux semaines en amont à synthétiser les bilans de chaque collègue, à compléter le dossier pour le rendre le plus acceptable possible…

Vie de prof…

 

Sur trois parents, deux ont  accepté l’orientation que nous proposions pour leur enfant. Le dernier a refusé, nous renvoyant à la figure que nous étions incompétents, qu’il était hors de questions que son enfant aille en SEGPA, et que de toute manière, un psychologue lui dirait ce qu’il fallait qu’il fasse (c’est quand même pas nous, professionnels de l’enseignement, qui allons lui dire ce qu’il y a de mieux à faire, hein ?).

Merci (on va faire passer votre enfant en 4e du coup, parce que vu qu’il a déjà redoublé deux fois, c’est sans doute pas la peine), nous restons à votre disposition si vous changez d’avis (de toute manière, il sera trop tard pour les dossiers), encore merci (on va essayer de voir ce qu’on pourra faire dans deux ans, quand définitivement votre enfant sera découragé et pensera à tout sauf à ses études et à son avenir), au revoir.

La mère s’en va, la porte se ferme.

Et puis à ce moment-là j’ai pleuré. Pleuré de rage, d’incompréhension, d’exaspération. C’est quoi ce métier ? On passe des journées entières avec des enfants qu’on voit progresser, galérer, grandir, se construire. On sait ce qu’il leur faut au collège et dans leurs études pour qu’ils s’en sortent. Et on a envie de les aider du mieux possible parce que, oui, c’est notre boulot, mais mince, c’est encore plus que ça !

Sur le coup, j’ai vraiment eu la haine. Aujourd’hui ça va mieux. Il faut bien de toute manière.

 

Vie de prof ?

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Il est juste 15h, en Guadeloupe, le 29 novembre...

... je viens de terminer une leçon sur l'accord dans le groupe nominal avec mes 3e. Grand soleil. Deux élèves avec qui je discutais sur le pas de la porte s'apprêtent à descendre les escaliers, et moi à ranger mes affaires, le reste de la classe est déjà en bas. Je souris : le cours s'est bien passé, dans une heure la journée est terminée...

C'est alors que la terre s'est mise à trembler.

Une foule d'idées me traversent l'esprit : "tiens, un camion qui passe... non ce n'est pas un camion... tremblement de terre... c'est un tremblement de terre!!!" Les murs de ma salle ondulent, le sol tangue, un bruit sourd monte de la terre, s'infiltrant dans les colonnes du bâtiment, se mêlant au "bling bling bling" des instruments de maths qui choquent le tableau... j'essaye de rester calme, de ne pas céder à cette immense envie de me jeter dans les escaliers, de courir loin, très loin de cette salle aux murs et au sol de caoutchouc!

La raison l'emporte. Je m'avance dans l'embrasure de la porte. Dehors des élèves courent vers le terrain de sport. C'est alors que j'aperçois mes deux élèves, stupéfaites, prêtes à descendre : "les filles, venez vers moi!" Elles accourent du mieux qu'elles le peuvent, les larmes aux yeux, paniquées, l'une a du mal à respirer... je lui frotte le dos en lui disant de rester calme, que ça va aller, que tout va s'arrêter bientôt. Je m'étonne d'entendre ma voix, de pouvoir encore parler alors que le sang bat si fort dans mes oreilles. "Il faut que ça s'arrête... ça devrait s'arrêter là... le bâtiment ne va jamais tenir... il faut que ça s'arrête..."

Au bout d'un temps qui m'a paru une éternité, le sol redevient à nouveau calme. Je lache mes élèves pour qu'elles regagnent le terrain de sport elles aussi. "Rassembler mes affaires... fermer la porte... vite vite... je veux descendre, JE VEUX DESCENDRE!" J'ai toujours dans les jambes cette impression de va et vient, mais mon coeur bat nettement moins vite dans ma poitrine.

En bas, professeurs et élèves sont réunis, plutôt choqués. Certains collègues s'inquiètent pour leurs enfants, se retiennent de téléphoner pour ne pas encombrer les lignes, se retiennent également de ne pas tout planter là pour aller rejoindre leurs proches, comme j'ai moi aussi envie de le faire pour retrouver R.

Je retrouve mes 5e, rassurés de me voir alors que je suis encore toute tremblante! On sourit à nouveau. On se raconte nos impressions. Au bout d'un quart d'heure, l'administration nous demande de regagner nos salles. Mes élèves sont trop énervés pour pouvoir travailler. Alors on parle. Chacun à leur tour, ils évacuent le trop plein de cette minute qui nous a paru si longue, la peur, l'angoisse, l'étonnement. On répète encore les consignes à suivre lors d'un séisme.

J'ai eu un plaisir et un soulagement immenses à retrouver R. à l'appartement. Pour moi la prof, qui étais restée calme, réfléchie, si rassurante devant ses élèves, quelle joie de retrouver des bras qui m'ont enlacée bien fort!

Le séisme, d'une magnitude de 7,4 a été plus intense en Martinique et s'est ressenti de Saint Martin jusqu'en Guyane. Aujourd'hui, les établissements scolaires étaient fermés pour vérification par les services de sécurité.

Mais on est prêts à reprendre une vie normale dès lundi. Parce qu'on vit sur une faille. Parce qu'on le sait. Parce que c'est ça aussi, la vie aux Antilles...

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Histoire de Brevet

Surveillance du Brevet de Maths ce matin.

Moi (terrassée par la chaleur et le sommeil) : Il vous reste un quart d'heure!
Affairé, un élève émerge de sa copie : Il reste combien de temps, Madame?
Moi (patiente) : Un quart d'heure, dépêchez vous.
L'élève (pensif) : Un quart d'heure?
Moi (toujours patiente) : Oui.
L'élève (le regard dans le vague) : Un quart d'heure? ...  Il fronce les sourcils. C'est combien de minutes un quart d'heure?
Moi (dans un soupir, soudain vraiment fatiguée) : Quinze minutes, dépêchez-vous.
L'élève (toujours pas convaincu) : Ah. C'est pas beaucoup dix minutes. 
Moi (un sourcil en l'air) : ...??
 
Je crois qu'il est temps que ce soit les vacances pour tout le monde!

 

 

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Parlons un peu d'argent...

Je m'inspire de la question de marie, dans mon article précédent, pour rédiger aujourd'hui un post que j'avais en tête depuis un moment : le boulot et le salaire des profs (et notamment, le salaire des profs dans les DOM) !!

Rhalala! J'entends des choses depuis le début de ma (petite!) carrière !! Lorsque je passais le concours, les gens m'encourageaient beaucoup, admiraient la somme de travail et la persévérance qu'il fallait aux étudiants pour obtenir le diplôme, compatissaient devant mes cernes et mes piles de livres... et puis... une fois le concours passé et obtenu, il semblerait que j'aie franchi une ligne invisible : je suis devenue "une prof".

Des encouragements et de l'admiration, j'en rencontrais moins du coup (ou alors sous la forme "t'en as du courage, moi je ne pourrais pas les supporter les gamins d'aujourd'hui!"). J'ai découvert peu à peu un mépris voilé, une ironie souvent mal placée, des préjugés. Ainsi, comme "tous les profs", je suis censée "passer mon temps à me plaindre" alors que je suis "tout le temps en vacances", je serais "payée à ne rien faire", j'aurais des "privilèges"... et j'en passe. Dur à encaisser quand on débute sa carrière, qu'on fait ses 18h effectives (21 cette année pour moi) devant les élèves mais qu'on en passe le double au collège ou chez soi le soir et le week end, qu'on est heureux de faire un métier qu'on a choisi, qui nous plait et qu'il ne semble pas que je me plaigne plus que mon père qui bosse en entreprise ou que ma soeur...

Enfin bref! Les préjugés ont la vie dure, donc je ne pourrais rien révolutionner dans mon article aujourd'hui!! Je peux juste vous dire que parce que j'aime mon métier, je passe beaucoup de temps à préparer mes cours pour qu'ils ne soient ni chiants pour les gamins, ni pour moi!, et que si je n'avais pas les vacances je serais déjà sous perfusion!! lol

Bon, revenons au salaire des profs (et en l'occurence du mien). En Guadeloupe et dans les autres DOM, les fonctionnaires touchent 40% en plus de leur salaire. Marie me demandait pourquoi on faisait venir des fonctionnaires de métropole au lieu d'embaucher des gens originaires de Guadeloupe. Tout simplement parce que l'île, comme d'autres DOM, est déficitaire dans un certains nombre de branches de la fonction publique (prof de Lettres Modernes par exemple, mais aussi personnel d'hôpital etc.) et que, de plus, l'accès aux différents postes dans les collèges et les lycées est national, donc ouvert à qui a le diplôme requis. Des formations s'ouvrent de plus en plus à l'Université de Pointe-à-Pitre, on peut imaginer que cette tendance s'atténuera sans doute au fil du temps.

En venant en Guadeloupe, des profs comme moi ne prennent donc la place de personne, je tenais à ce que ce soit dit!! ;)

Je voudrais aussi signaler que je ne touche aucune prime et n'ai aucun "privilège". En tant que jeune prof souhaitant obtenir un premier poste dans les DOM, j'ai payé intégralement mon billet d'avion et mon déménagement (il faut faire 4 ans dans un même établissement pour obtenir le déménagement remboursé). A savoir aussi, les primes d'installation, de remboursement de loyer, de départ et autres n'existent plus dans les DOM (il y a une prime vie chère à St Barth et à St Martin, et d'autres pour les TOM). Par contre, un avantage sympa : tous les 3 ans d'enseignement ici, je gagne un an sur ma retraite. On bénéficie également d'un abattement de 30% sur nos impôts sur le revenu. Ceci est valable pour tous les fonctionnaires, métro ou locaux.

Donc voilà ! Les 40% permettent d'avoir une vie tout à fait correcte ici, car il est vrai que les loyers, la nourriture, les marchandises y sont plus chers qu'en métropole. En changeant un ti peu ses habitudes (en mangeant local ou en ne faisant pas d'excès par exemple), il y a moyen de mener une vie tout à fait sympa en Gwada!

Je laisse le dernier mot à Moon (qui tenait à dire qu'il vivait heureux ici!) :

 

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"Et le racisme?"

... Lorsque je rentre en métropole, c'est je crois la question qui revient le plus souvent. "Il paraît qu'ils sont racistes en Guadeloupe... pas aimables... moi je n'y vivrais pas... ça doit être dur, le racisme, non?" 

Après 3 ans passés ici, voilà mon constat personnel, ma vie quotidienne dans ma petite ville : je ne me suis jamais prise dans la figure une seule remarque désobligeante sur ma couleur de peau, au collège comme dans la rue (bon après, bien sûr, je suis réaliste et j'imagine que ça doit sans doute se faire dans mon dos. Mais dans ce cas les gens le font bien, car je ne me suis aperçue de rien ;) ).

Une fois avec R., la 1ère année, nous nous sommes ramassés des pépins d'orange sur la pare-brise de la voiture. Un homme nous avait craché dessus. Par contre, je ne saurais jamais si ce geste avait été une marque de racisme ou tout simplement de la connerie pure.

En fait quand j'ai choisi de venir en Guadeloupe, quand je me suis lancée sur Internet dans la loterie des mutations, quand j'ai posé mes valises ici, j'étais sans a priori ni idées préconçues. J'avais envie d'enseigner. J'avais envie de découvrir un autre lieu, d'autres gens, un autre climat, une autre culture. Un petit bout de France dans les Caraïbes.

J'ai été très bien accueillie par mes propriétaires, par l'administration du collège, par mes collègues. J'ai gagné peu à peu la confiance des élèves, affirmé mon autorité en classe, bâti des projets durant mes cours. J'ai aussi appris à connaître la sympathie des gens au-delà d'une certaine réserve, j'ai aussi appris à connaître l'Histoire de ces îles caribéennes françaises (qu'on étudie trop peu en cours), le ravage de l'esclavage dans les esprits et dans les coeurs, la lente reconstruction de tout un chacun.

Il y a des moments où j'oublie que je suis blanche, où j'exècre ces touristes qui arrivent ici en pays conquis, qui parlent fort dans les magasins et y rentrent à moitié nus et encore couverts du sable de la plage. Et puis il y a d'autres moments où je ne comprends pas des gens (une petite minorité heureusement!), qui ressassent et revendiquent leur haine des Blancs parce qu'il ne faut pas oublier l'esclavage ou leur haine des Haïtiens parce qu'ils sont pauvres...  

Notre vie ici avec R. est toute simple. Nous aimons discuter avec les gens, apprendre, découvrir... Nous donnons des sourires... nous en recevons pas mal aussi! ;) 

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Merci Mac Do'!!

Ma perle de l'année, ça y est, je crois que je l'ai trouvée ce matin, en corrigeant les copies de mes 6e Requin!

Bilan d'une séquence consacrée à la création du monde selon la Bible. A la question "Selon les scientifiques, comment le monde a-t-il été crée?", réponse de mon p'tit Requin:

"Pour les scientifiques, la terre a été créée par le big mac."

...merci qui?!! ;)

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Action pour la Semaine du développement durable


























Avec mon collègue Lilian, nous travaillons depuis le début de l'année sur un projet qui nous tient à coeur : créer un jardin médicinal au collège. Cours, sorties, jardinage... nous montons cette action depuis plusieurs mois avec une classe de 5e, dont quelques élèves sont super chiants très en difficulté, mais volontaires et motivés dans l'ensemble.

Il y a un mois, nous nous sommes inscrits sur le site du ministère, pour participer à la Semaine du développement durable. Et là, surprise, notre projet est retenu dans le top 100 des actions menées au niveau national!

Coup de stress juste avant les vacances, interview sur RFO radio, article dans le France Antilles... on a eu droit à de la super pub... alors que nous venons seulement de terminer la plantation et que pas une plante n'a été indexée!! lol On a du pain sur la planche pour la rentrée!

Je vous laisse l'article ici, tout en n'étant pas très sûre que vous puissiez bien le lire... (j'ai bidouillé l'image dans tous les sens, je n'arrive pas à faire mieux! :)) 

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La galère

Des tonnes de choses à faire.
Le programme à tenir alors que le temps passe si vite.
Des projets de jardin médicinal, de journal, de conte radiophonique et d'émissions à thème sur la web radio du collège...
Des notes et des bulletins à remplir en moins d'une semaine, des fiches de bilan, des feuilles de voeux.
Des conseils de classe à préparer, des réunions de liaison CM2-6e ou d'analyse de pratiques auxquelles il faut assister...
Des comptes-rendus, un article à écrire pour une revue pédagogique...

Des tonnes de choses à faire. Aujourd'hui, j'ai vraiment l'impression que je ne vais jamais y arriver.

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Souvenir...

C'était un vendredi de février froid et ensoleillé. J'avais passé l'après-midi avec la classe de 5e dont j'étais responsable en tant que stagiaire. Une après-midi... ou ce qui m'avait semblé une éternité!

J'étais restée stoïque, calme et détendue en apparence, concentrée. Pourtant, dès que mes élèves avaient la tête baissée, je me précipitais sur Internet (on avait un ordinateur par salle dans le collège où j'avais été affectée -d'ailleurs je pense que je ne reverrai ça qu'en fin de carrière! lol). Je cliquais alors avec fébrilité sur des icônes vides : "affectation", "mutation inter académique", "résultats non parvenus".

Et puis est arrivé 16h. Enfin, les cours étaient terminés. Seule dans ma salle, les mains moites, tremblantes, j'étais allée encore une fois sur le site Internet. Mon coeur battait fort. J'étais arrivée à un grand carrefour et un écran d'ordinateur allait m'annoncer le chemin qu'il fallait prendre, la voie à suivre pour quelques années de vie... et d'enseignement. 

Et alors j'ai découvert le mot "GUADELOUPE" à côté de mon nom. Waahou. J'ai relevé la tête. J'ai regardé ma salle de classe vide, les chaises éclairées par la lumière orange d'une fin de journée d'hiver à Dijon. Mes mains tremblaient toujours mais ce n'était plus pareil. 
A ce moment là, mon portable s'est mis à sonner et m'a sortie de ma torpeur -ma mère m'appelait pour m'annoncer la bonne nouvelle, qu'elle attendait elle aussi avec la même impatience que moi!

Après avoir raccroché, je me suis assise. Le sourire aux lèvres, j'ai envoyé un sms à R. Quelques mots qui auguraient tout ce qu'on allait vivre, quelques mots qui nous précédaient dans la nouvelle voie que nous allions nous tracer : "fais ta valise, ça y est, on part !"

Je vous souhaite à tous, un jour, de vivre ce "signal du départ". C'est un instant magique.
 

PS: Et pour ceux qui l'ont déjà vécu, j'espère bien que vous allez nous le raconter!!!

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Une île... et une langue

Ma mutation m'offre la possibilité de découvrir le créole, ainsi que toute la culture qui l'entoure.
J'aime bien cette langue, très expressive et rythmée -que je n'arrive pas à dissocier de la musique d'ailleurs- et si je ne la parle pas encore (je connais les expressions de base, mais dans l'ensemble, il me faudrait quelques cours!!), je la comprends de mieux en mieux. Par contre il faut bien l'avouer, pour le professeur, l'immersion est radicale dès les premiers jours de la rentrée!

En effet, si les cours se déroulent en français dans les établissements guadeloupéens, le prof "métro" nouvel arrivant se rend très vite compte de la prédominance du créole à la récréation et pendant les intercours (voire aussi pendant les cours! ;)).

Parmi les petits "tests" d'entrée que "subit" généralement tout nouvel enseignant à son arrivée dans un établissement, celui du créole est l'un des premiers. Au-delà du simple fait de savoir si le prof "comprend" ce qui se dit dans une autre langue que la sienne, je pense que les élèves cherchent également à savoir si le "métro" en face d'eux est prêt à s'investir, à les comprendre, à s'adapter.
En tout cas, c'est ce que j'ai ressenti dans mon petit collège...
(Un petit conseil, qui a bien marché pour moi : apprenez avant la rentrée tous les gros mots bien d'actualité dans les cours de récréation, généralement, c'est ce que les élèves s'amusent à tenter en premier! (lol) Et puis, même si vous n'avez pas exactement compris ce qui s'est dit, le ton sur lequel sont prononcées les paroles ne trompe pas!! ;)).

Des séminaires et des opérations lancées chaque année ici, comme la "Semaine du créole" ou la "dictée créole", l'ouverture dans beaucoup d'établissements de l'option Langue et Culture Régionale Créole permettent de faire entrer et vivre cette langue jusque dans les salles des collèges.

Dans ma matière, j'essaye de proposer aux élèves des textes de tous les horizons : caribéens, français, étrangers... c'est enrichissant à la fois pour eux et pour moi (j'ai découvert plein d'auteurs depuis que je suis ici!! :))
Depuis l'an dernier, j'invite un conteur de Gourbeyre pour élargir mes séquences de 6e sur le conte, et je dois dire que je n'ai jamais autant appris de choses sur la culture, les histoires, la vie guadeloupéennes qu'auprès de personnes comme lui, disponibles et passionnées.

Et c'est à force de l'entendre raconter des contes "d'antan" en créole, ces contes qui ont bercé tous les enfants d'ici lors des veillées, que je me suis rendue compte que je comprenais ses paroles... et surtout que je vivais là, depuis 3 ans, une expérience inoubliable...


PS: D'accord, la photo n'a rien à voir avec le sujet d'aujourd'hui... et alors?!! ;))

PS du 4 février: ça y est!! Mes coquillages sont enfin revenus jusqu'en bas des pages! (Merciiii R. !!!) :)

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Mes premiers pas dans la formation...

Il y a quelques jours, j'ai animé mon premier stage au PAF (le PAF, c'est un plan de formation qui permet aux profs de suivre des stages durant l'année, pour se remettre à niveau, se tenir au courant de l'évolution des programmes, ou tout simplement pour bénéficier de conseils ou d'idées). Le plus souvent, ce sont des profs désignés par les inspecteurs qui animent ces stages.

Eh bien là, figurez-vous que j'ai eu droit à mon ti stage à moi, avec mes tites stagiaires à moi (et même en prime à un bon vieux stress comme on n'en fait plus ;)). Le sujet qui m'avait été proposé par l'inspectrice était "l'utilisation du manuel au collège" (sujet qui a l'air vachement basique au premier abord, mais qui m'a quand même demandé pas mal de réflexion et d'autocritique, et aussi un peu d'instrospection -mais ça c'était avant tout pour la gestion du stress! hihi ;)).

Bref, il y en a 2 à l'appartement qui avaient hâte que la préparation du stage se termine: R. et Moon!! Du salon jusqu'au bureau, le canapé et le sol étaient jonchés de manuels (Moon ne savait plus sur lequel dormir), je parlais manuels à longueur de journée à table, au téléphone, sur msn, sur Skype... lol. Quant à R., il s'est coltiné l'impression des textes et des fiches pendant toute une soirée!! Pour finir, moi aussi, après avoir simulé quatre ou cinq fois le déroulement de la séance, les questions que l'on pourrait me poser, les scènes abominables où je me voyais bouche ouverte, ne sachant pas répondre à l'interrogation d'un collègue... je commençais à avoir envie de le faire, ce stage, une bonne fois pour toutes, pour que tout se termine!!

En fait ce qui me gênait le plus je crois -et c'est ce que j'avais expliqué à l'inspectrice- c'était de me retrouver face à des collègues plus âgés et plus expérimentés que moi, titulaire depuis seulement trois ans! Jusqu'à ce que le stage commence, j'ai eu la crainte de débiter tout un tas de banalités inutiles, de ne rien apporter aux profs qu'ils ne sachent déjà...
Heureusement, le petit groupe qui est venu à la formation a été très sympathique, sérieux et à l'écoute, et pour finir, je pense leur avoir apporté un petit quelque chose... -donc peut être que c'est moi qui me faisait tout simplement des films dans cette histoire!

Bref, voici donc pourquoi le compte-rendu sur New York avait tant tardé!! ;))

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Rencontre avec M. de Villepin

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Ce matin, nous avons vu le Premier Ministre et le Ministre de l'Outre Mer, de passage en Guadeloupe et invités dans notre humble commune (le maire est de droite, ça aide un peu quand même!). Trois classes du collège ont donc été choisies, de même que plusieurs élèves de primaire et de maternelle, pour venir les accueillir au hall des sports. Je me suis glissée dans les accompagnateurs pour aller voir "en vrai" à quoi ça ressemble un ministre... Mais ce ne fut pas une mince affaire!

Arrivés en bus à 9h30, il nous a d'abord fallu faire patienter nos 80 élèves pendant une bonne heure dans la salle. J'avais grande crainte qu'ils se battent ou se percent les yeux avec leurs petits drapeaux bleu-blanc-rouge, mais tout s'est bien passé finalement: j'ai même eu le temps de prendre quelques photos des préparatifs.

A 10h30, un des organisateurs nous demande de faire descendre nos élèves des gradins: eux et leurs professeurs (aheum) serviront de toile de fond à l'intervention des politiques.
Branle-bas de combat, on quitte nos places et on va installer tout notre petit monde derrière le pupitre et la table du ministre. Là, briefing avec un agent de sécurité, oreillette collée à l'oreille (l'honneur du collège est en jeu!) :

L'agent de sécurité (l'air sévère): Bien, il se peut que le Premier Ministre s'adresse à vous à son arrivée. C'est lui qui s'approche, pas vous. Vous lui serrez la main, pas de tape sur l'épaule, vous ne le connaissez pas, d'accord? Ensuite, vous lui dites "Bonjour M. le Ministre, bienvenue dans notre commune".
Un élève : On peut dire "Bonjour M. Sarkozy"?
L'agent (stressé, l'écume aux lèvres): CE N'EST PAS M. SARKOZY, c'est Monsieur DE VILLEPIN! Vous lui dites, "Bonjour Monsieur le Premier Ministre" ou "Bonjour Monsieur de VILLEPIN"!!
L'élève (étonné) : Ah bon, je croyais que c'était Sarkozy le premier ministre...

Aïe! Qu'elle est loin la métropole!! Après avoir assuré à l'agent de sécurité que nos élèves seraient un exemple de politesse, de rigueur et de sérieux, je passe en revue les troupes: les filles veulent être placées face à la caméra de TF1, un élève a mis son polo à l'envers (notre fameux polo blanc avec le logo du collège!), une autre me demande si on peut crier "ouaiiiiiiiiiiiis vive de Villepin!!!!!!" quand le ministre va s'avancer pour faire son discours...

11h30: Nous sommes debouts depuis une heure. L'attente est longue. Le maire et les ministres tardent à l'usine géothermique. Les caméramen sont installés, les ka sont prêts... On passe le temps comme on peut.
11h35: Une rumeur circule: il semblerait qu'un des agents de sécurité soit Franck Leboeuf. On me charge d'aller voir ça de plus près. Après interrogation, l'agent de sécurité m'assure qu'il n'est ni Franck Leboeuf, ni même Barthez. Déception des troupes.
Il fait de plus en plus chaud dans la salle.

11h50: Brouhaha sous l'arche de ballons bleu-blanc-rouge: ça y est! Ils sont là! Le maire, les deux ministres, la sénatrice et tout le gratin. M. de Villepin, entouré d'une horde de photographes, fait un signe de la main aux personnes installées dans les gradins, puis il s'avance vers nous, le mur vivant blanc et bleu. Et là, stupeur, il se rapproche de moi (ouf, ça va il a bien reconnu que j'étais la prof!! rires) me prend par les épaules et me fait la bise:

M. de Villepin: "Bonjour, ça va?"
Moi (étonnée/gênée/surprise/un oeil fermé à cause d'un flash): "heu... Bonjour Monsieur".
(Je ne savais pas qu'il était si grand! Il présente plutôt bien, mais le pauvre, il transpire dans sa cravate!). Certaines de mes élèves ont également droit à une bise ("Madaaaaaaame!!"). Le Ministre de l'Outre-Mer me tend ensuite la main, il est souriant et discret. Pfff! Que d'émotion!!

Ensuite, discours: le maire parle beaucoup. Trop même. On n'arrêtera pas plus la sénatrice. Enfin, c'est au tour du Premier Ministre de s'avancer: il remercie le maire etc. etc., assure son soutien à la Guadeloupe et la commune etc. etc.

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12h25. Enfin, tout est terminé. Il doit faire 40°c dans la salle. M. de Villepin se retourne vers nous et félicite les élèves pour leur sérieux et leur attention. Je ne peux m'empêcher de lui dire qu'ils se sont très bien comportés vu la chaleur et l'attente.

M. de Villepin: C'est vrai, vous avez très bien tenu! Alors on va dire qu'il n'y aura pas de contrôle demain!
Moi (sceptique, avec deux devoirs fraîchement photocopiés à leur donner le lendemain): Aheum, on verra quand même...
M. de Villepin (tout sourire): Ouh! Elle est sévère la maîtresse!

Tu m'étonnes!!

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La rentrée... et l'uniforme

Hé oui! C'est seulement maintenant que j'en parle, car après moult rebondissements, nous n'avons eu nos emplois du temps définitifs qu'aujourd'hui...
Cela fait 3 ans que je suis dans mon ptit collège et jamais je n'ai assisté à une rentrée "normale" : grève des parents et tempête tropicale la première année, problème de cantine l'an dernier, de bus cette année... bref, finalement on s'habitue et on prend son mal en patience, mais à chaque fois il faut prévoir un peu de marge par rapport à la rentrée!!

Cette année, pas de changement, les élèves ont revêtus à contre coeur leur uniforme. Pourtant celui de mon collège reste relativement "mettable" par rapport à d'autres : polo blanc avec logo du collège, jean (jupe ou pantalon), badge pour différencier DP et externes... les élèves implosent!!! (et je les comprends bien!!)

Par contre, ne croyez pas que cela se passe uniquement ici : pratiquement tous les collèges de Guadeloupe ont instauré l'uniforme, à la demande des parents d'élèves. Arguments avancés: on amoindrit les différences sociales, on évite aux enfants de se lancer dans la compétition vestimentaire...
Mis à part le fait que l'on repère d'un coup d'oeil toute sa troupe lors des sorties, je ne vois pas le côté indispensable de la tenue unique. Je me mets surtout à la place des ados que j'ai devant moi, qui n'ont généralement à leur âge que leurs vêtements et leur look pour s'affirmer... Dur!
Pour leur remonter le moral, je dis souvent à mes élèves que le blanc, même si c'est salissant, ça reste tendance (et puis, d'autres établissements ont choisi le vert pour leurs T-shirts, et ça, c'est déjà moins fashion).

Heureusement pour nous, la principale n'a pas encore lancé l'idée de l'uniforme pour les profs... ouf!!

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Allez! On y retourne!

Aujourd'hui, j'ai lu et trié les fiches de présentation que j'avais demandées aux élèves.

Deux conclusions s'imposent à moi:
1. Le métier d'autesse de l'aire semble en pleine expansion et recueille de très nombreux suffrages, de même que celui de chanteur. (Je découvre également le travail d'informaticien en jeux vidéo, qui m'a l'air vraiment bien sympathique ;) ).
2. Enfin, au delà des adresses et des numéros de téléphone des parents et des taties, la prof de français que je suis trouve dans ces fiches une mine d'informations, très utiles pour savoir comment orienter ses séquences en ce début d'année.

Par exemple avec mes 6e Requin, on va commencer par l' horthographe...

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Cadeaux de fin d'année

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C'est avec un grand sourire que l'on m'a donné mes cadeaux... un peu d'hésitation aussi, un soupçon d'appréhension -qu'allais-je penser d'eux? Comment allais-je réagir?

A bien y réfléchir, c'est l'étonnement qui l'a emporté en premier chez moi. Un étonnement qui vous laisse d'abord sans voix, la bouche entrouverte. Et puis, vous vous reprenez, vous souriez, vous posez des questions, vous remerciez.
Cette courte conversation terminée, un peu gênée, vous prenez congé. Vous serrez vos cadeaux dans votre main tandis que vous vous rendez, pensive, en salle des profs -espérant avoir eu les mots justes, l'attitude adéquoite, la réaction attendue...

En refermant la porte derrière vous, vous prenez alors conscience de la mine renfrognée de vos collègues -c'est à ce moment précis que vous laissez éclater tout ce que vous avez sur le coeur, levant mélodramatiquement au ciel les deux convocations que vient de vous remettre l'assistante d'éducation, vous déclamez les mêmes mots que dix personnes avant vous : "Quoiiii, on doit surveiller ET corriger le Brevet??"

Heureusement, la pilule passe assez bien (ben oui, vous avez voulu être prof, donc vous assumez) (même si vous savez que certains collègues en métropole surveillent ou corrigent le Brevet mais ne font pas les deux à la fois) (oui, mais vous avez voulu être prof en Guadeloupe, donc vous assumez aussi) (en plus, ça se passe à Deshaies, le collège est sympa, ce n'est qu'à 40min en voiture de votre domicile, tous vos collègues y seront... donc vous considérez qu'il n'est utile pas d'en faire tout un fromage non plus et que c'est sans doute une once de jalousie qui vous fait parler ainsi... hihi).

Et puis.. vous n'oubliez pas que si vous gardez le sourire et les yeux qui brillent, c'est aussi et surtout parce qu'au fond de votre poche, vous conservez précieusement un joli papillon en perles colorées qu'une de vos élèves de 6e vous a timidement offert à la fin de votre dernier cours...

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JEUNE prof

Visite à la station RFO Guadeloupe la semaine dernière.
Je me retrouve dans le studio radio avec une dizaine d'élèves et les animateurs Maryse et Charles en pleine émission -et en direct. Ceux-ci présentent notre collège et demandent le pourquoi de notre venue. Alors que je complète discrètement la réponse d'une élève, les deux animateurs me regardent, incrédules:

Charles: VOUS êtes leur PROFESSEUR?
Moi (gênée): Heu... oui.
Charles: Mais c'est que vous êtes toute jeune, approchez-vous, venez parler au micro!

(Il faut savoir que je fais 18 ans au lieu de 27 -l'autre jour encore, alors que j'étais en stage au lycée à Gosier, je me suis littéralement fait incendier par une concierge : "Mademoiselle, ces toilettes sont réservées aux professeurs uniquement!" -bref, comme dit ma mère, si à 40 ans on trouve que j'en fais encore 25, je serais vachement contente -hihi)

Maryse (le sourire aux lèvres, les yeux sur mon jean, mes baskets gola et mon débardeur bariolé): Ils les prennent de plus en plus jeunes les profs! Et au niveau de l'autorité, ça se passe comment en classe? Vous vous en sortez? C'est pas trop dur?
Moi (pas démontée): Ecoutez, je pense que ça se passe bien et que l'âge n'est pas forcément un handicap. Et puis, (désignant les élèves tout en faisant une petite prière intérieure) vous n'avez qu'à leur demander.
Les élèves (en choeur): Ouiii! D'ailleurs elle et M. F., notre prof d'histoire-géo, ce sont nos profs préférés!

(Epatée, la larme à l'oeil, j'échange un regard de connivence avec M. F. resté en régie: il a les cheveux en bataille, une chemise décontractée, des baskets -et surtout mon âge).

Les animateurs (étonnés): Ah oui? Et alors pour vous, qu'est-ce qu'un "prof préféré"?
Les élèves (à tour de rôle): C'est un prof qui nous écoute, qui nous comprend, qui nous donne pas trop de devoirs quand on a plein d'interros, qui est gentil...

Et toc!
Cette petite histoire pour dire que mon âge et mon apparence me jouent parfois des tours... et bizarrement, pas tant au niveau des élèves mais surtout au niveau des adultes. Jeune signifie souvent inexpérimenté, voire incompétent pour certaines personnes. Je suis tout à fait d'accord pour dire que les jeunes profs n'ont pas le vécu ni l'expérience d'un enseignant qui a 20 ans de métier, mais de là à remettre en cause nos compétences...

Bref, moi je m'en fous, j'ai un boulot qui me plait et que j'essaye de faire du mieux possible, je suis bien dans mes baskets, alors après, chacun pense ce qu'il veut...

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Ma salle B01

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Ma salle B01, je l'aime, pour le meilleur... et surtout pour le pire!!

Mon collège est composé d'un grand bâtiment sur un étage, qui regroupe les salles de musique, art et histoire-géo... et aussi d'un groupe de 7 ou 8 "pavillons" pour les autres matières. Robert nous apprend qu'un pavillon est une "construction légère élevée dans un jardin, un parc, etc. et destinée surtout à servir d'abri", au collège nos "pavillons" sont en fait des préfabriqués contenant deux salles, séparées par un couloir. Pas de vitre aux fenêtres mais des claies -et surtout des ventilateurs (ô bonheur!) pour éviter que les élèves et les profs ne meurent de coups de chaleur dans d'atroces souffrances. [ndlr: Je n'ai qu'une photo de la salle B08, mais le principe est le même! hihi]

Le recteur en est très fier de nos pavillons, il les considère d'ailleurs comme des monuments historiques à conserver pour le patrimoine guadeloupéen (ouarf ouarf). Ils datent en effet d'avant l'éruption de la Soufrière en 1976, c'est pour dire...

Bref, cette année, l'administration a essayé de moins nous faire courir entre les salles, donc je me partage entre la B02, la B06 -et la B01.
Ma salle B01, je l'aime, elle est unique, on est un peu comme un vieux couple elle et moi : avec le temps, je regarde avec tendresse ses défauts -son tableau usé, ses fissures au mur- car il est bien clair que jamais plus je ne retrouverai une salle de cours pareille!

Avec elle, j'ai pris mes habitudes, à chaque heure les mêmes rituels. Après avoir demandé à un élève de se jeter sur la porte pour qu'on puisse l'ouvrir (j'ai déjà failli me casser les doigts de pied en voulant la défoncer), nous allumons les ventilateurs ; ça permet d'avoir moins chaud et ça chasse les moustiques venus squatter là pendant la nuit.
Ensuite, je dois veiller à éviter le trou vicieux qui se trouve dans le sol bétonné, sous mon bureau : il n'attend qu'une seconde d'inattention de ma part et le pied de ma chaise pour me faire disparaître sous la table.

L'appel fait et le cours démarré, tout n'est peut être pas encore fini. En effet, un des plus grands miracles de la salle B01 se produit lorsque les nuages s'amoncellent au-dessus de nos têtes : car quand il pleut au dehors sur le collège, il faut savoir qu'il pleut aussi dans la salle B01. J'évolue alors avec dextérité dans ma classe en slalomant entre deux seaux et la corbeille à papiers, humbles réceptacles de l'eau du ciel -j'y ai déjà laissé une trousse et quelques feuilles de cours, trempées par une ondée surprise.

Puis le cours se termine. J'essuie alors le vieux tableau noir-vert, je veille à l'extinction des ventilateurs et au rangement des chaises, je pèse de tout mon poids pour fermer la porte et tourner la clef. Les moustiques réintègrent leurs pénates et moi les miennes.

A demain, salle B01!

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Pourquoi être prof?

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Je me posais la question ce matin dans la voiture.
J'ai toujours été timide et impressionnée par le regard des autres, je suis d'une obscurité monstrueuse dès que j'essaye d'expliquer un truc ou d'indiquer le chemin à quelqu'un...
Malgré tout ça, j'ai beau chercher et chercher encore, il me semble que prof, c'est ce que j'ai toujours voulu être. Lire, faire partager mes lectures, mes découvertes... je crois que c'est cette notion de partage qui me plaît tant dans ce métier, et puis (bien sûr!) le fait de baigner du matin jusqu'au soir dans cette chère discipline que sont les Lettres Modernes!! J'aime me plonger dans les livres, les dico, les encyclopédies (je tuerai pour avoir un exemplaire de la première édition de Gaspard de la Nuit d'Aloysius Bertrand) et j'aime aussi naviguer dans les eaux obscures et parfois tumultueuses de la grammaire française...
Découvrir, apprendre, faire apprendre, partager...

Et même si pour certains on se plaint beaucoup et on n'a pas l'air de faire grand chose (ce qui est archi faux! demandez à R. le nombre d'heures que je passe sur mes copies et mes prépa de cours!), même si parfois on se sent seul face à 25 ados qui ont plus envie de dormir ou de s'amuser que de faire du français, même si on se remet pas mal en question, même si parfois on se sent découragé, incompris, fatigué...
Et bien même si prof c'est pas évident tous les jours, je ne lache rien, je ne regrette rien!! J'aime ce contact privilégié avec les élèves, j'aime préparer mes cours, trouver des idées nouvelles, amusantes, intéressantes pour faire "passer" des notions difficiles, j'aime être en classe, me faire bercer par une poésie ou étonner par un exposé... et j'ai de l'énergie et de la motivation pour 25 s'il le faut!
Quel plaisir, enfin, de lire la fierté sur leur visage à la réussite d'un contrôle, d'apercevoir une étincelle dans leurs yeux lorsqu'une difficulté est surmontée!

Pour tout ça, et pour mille choses encore, je suis fière d'être prof.

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