Eh oui, si je n’ai pas écrit depuis si longtemps, c’est parce qu’il m’a pas mal occupée, mon boulot !
Il y a des jours où je fais mes heures, comme on dit, et puis je rentre chez moi le soir, tranquille, préparer mes cours ou corriger quelques copies pour le lendemain. Parfois j’ai un peu de temps pour regarder un film, lire quelques pages d’un bouquin, faire une bouffe, sinon tant pis, j’attends le week end.
Vie de prof quoi.
Cette année, je suis prof principale d’une 5e, une classe super hétérogène de 27 élèves, dont quelques uns à profil particulier (sclérose en plaque, léger handicap, hyperactivité), et d’autres en très grande difficulté scolaire. 27 élèves qu’il faut faire avancer du mieux possible jusqu’à la 4e, qu’il faut aider, accompagner, briefer, recadrer, intéresser, motiver… bref,
Vie de prof quoi.
Et puis il y a certains jours où le boulot prend une autre ampleur, une tournure qu’on ne m’avait pas expliquée à l’IUFM…
Parce que certains élèves ne parviennent pas à suivre dans le cursus traditionnel, sont démotivés ou complètement perdus, on essaye de les réorienter au mieux, afin qu’ils perdent le moins de temps possible -et surtout afin de leur offrir, enfin, une scolarité qui va les intéresser et être signifiante pour eux. J’ai donc rencontré les parents de trois élèves en très grande difficulté lundi dernier, pour leur proposer une orientation en SEGPA (section d'enseignement général et professionnel adapté), vu que nous avons la chance d’avoir un tel enseignement au collège. Je n’étais pas toute seule pour ce faire bien sûr ! Il y a avait le principal adjoint, la Conseillère d’orientation, l’infirmière, la CPE… on appelle ça une « Réunion de l’équipe éducative ».
Presque deux heures de réunion, presque deux semaines passées à préparer les dossiers des élèves. Presque deux heures à essayer de convaincre chaque parent du bien fondé de notre démarche, des avantages pour leur enfant, des points positifs de la SEGPA (« non ce n’est pas pour les « tébés » ni les débiles ; oui cela ne peut être que profitable pour votre enfant ; non votre enfant ne peut pas faire une 4e classique vu qu’il a 0,5 de moyenne en maths et 4 en histoire géo… »). Presque deux semaines en amont à synthétiser les bilans de chaque collègue, à compléter le dossier pour le rendre le plus acceptable possible…
Vie de prof…
Sur trois parents, deux ont accepté l’orientation que nous proposions pour leur enfant. Le dernier a refusé, nous renvoyant à la figure que nous étions incompétents, qu’il était hors de questions que son enfant aille en SEGPA, et que de toute manière, un psychologue lui dirait ce qu’il fallait qu’il fasse (c’est quand même pas nous, professionnels de l’enseignement, qui allons lui dire ce qu’il y a de mieux à faire, hein ?).
Merci (on va faire passer votre enfant en 4e du coup, parce que vu qu’il a déjà redoublé deux fois, c’est sans doute pas la peine), nous restons à votre disposition si vous changez d’avis (de toute manière, il sera trop tard pour les dossiers), encore merci (on va essayer de voir ce qu’on pourra faire dans deux ans, quand définitivement votre enfant sera découragé et pensera à tout sauf à ses études et à son avenir), au revoir.
La mère s’en va, la porte se ferme.
Et puis à ce moment-là j’ai pleuré. Pleuré de rage, d’incompréhension, d’exaspération. C’est quoi ce métier ? On passe des journées entières avec des enfants qu’on voit progresser, galérer, grandir, se construire. On sait ce qu’il leur faut au collège et dans leurs études pour qu’ils s’en sortent. Et on a envie de les aider du mieux possible parce que, oui, c’est notre boulot, mais mince, c’est encore plus que ça !
Sur le coup, j’ai vraiment eu la haine. Aujourd’hui ça va mieux. Il faut bien de toute manière.
Vie de prof ?